Amertume associable. On m'appelle solitude. Prise à mon propre piège, je vis au grès de mes erreurs. Je regrette, je m'en mords les doigts et les lèvres à coups de mots tappés à vif. Accoups de rêves. Mais je n'y peux rien. Et je ne peux rien changer. Et je ne pourrai jamais rien changer ? Inutilité. Incapacité. Des toujours à jamais. A ne savoir manier les mots que lorsqu'ils sont calculés et me perdre dans leur entrelacs quand je m'y abandonne. Abandonner. Laisse tomber, Elo. Obéir. Et laisser tomber le sac à dos trop lourd, rempli de vide, et laisser tomber les paquets fragiles d'entre mes mains, et laisser tomber les espoirs. Me jeter à l'eau. Tiens, elle est froide. A rire de tout, de rien, et surtout de n'importe quoi. Et laisser aux autres le choix de me voir comme ils le veulent. Qu'ils parlent, qu'ils rient, qu'ils se moquent et qu'ils chantent. Surtout, qu'ils ne se privent pas. C'est bon, le bonheur. A répondre par le lancer maladroit d'un couteau, un regard couleur acier entrouvert de plaies, parce que je ne sais pas pleurer. Et parce qu'on ne m'a pas laissé le temps d'apprendre. Apprendre à oublier, et apprendre à me taire. Apprendre toutes ces choses compliquées qui font que l'on devient quelque chose. Moi je serai toujours un rien. Un grain de sable, de poussière, un bout de verre roulé par la mer. Semblable à tous les autres. Paraît qu'on est tous différent. Alors, moi, je suis pire. A m'enfermer dans ma chambre puisqu'elle est la seule à me tendre les bras, puisqu'elle me chuchote doucement « Allez, viens ! » et que ça m'envoûte, ça m'attire. Me tirer dans un autre monde. Me noyer dans la mélodie sourde d'une harpe. Rire, pleurer, peut-être les deux, sans raison. Sans envie, sans remords. Et mêler un arc-en-ciel à cette confusion. M'échapper. Compter mes rêves un à un, et les épeler du bout des lèvres pour voir si rien n'aurait changé d'hier à aujourd'hui. Et demain ? Et demain, on s'en fout. Demain n'existe pas. Ou du moins, pas encore. Alors on l'oublie du mieux qu'on peut l'espace d'une autre défaite, on le tord, on le sème, on le plie en deux, en quatre, on l'met dans la poche de notre salopette. Le temps d'un accord, d'un silence, d'une noire, d'une croche, et puis d'une blanche. Rythme irrégulier mais tant pis. Et c'est reparti, le même refrain qu’un fantôme chuchote, la même voix transparente, les mêmes fausses-notes. La musique est lourde, les silences me piétinent. J'ai jamais eu de place. Mais c'est peut-être mieux. Au moins, je n'ai gâché que ce qui était à ma portée. Et si j'ai la tête en bas, les pieds en l'air. Et si je me balance à l'envers. Ne m'en voulez pas. Ce n'est pas moi qui ai choisi. Ce n'est pas moi qui ai voulu. Je suis trapéziste sur une balançoire de verre. Trapéziste de rue, apprentie anonyme, vous êtes professionnels. Où est l'égalité. Qu'a-t-on fait du bonheur. Du néant agréable dans lequel on osait se perdre, cherchant l'autre tâtons, dans l'échos de nos rires aux éclats.
Eclats de rire. J'croyais que le bonheur ne se brisait pas